1 Introduction

En 2006, le Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF) publiait le premier Plan directeur de l’eau (PDE) du territoire. L’élaboration de ce document a permis au COGESAF de mieux connaître le territoire, mais surtout, de rencontrer les nombreux acteurs du milieu. C’est en concertation avec ces acteurs que nous avons fait l’analyse du territoire et composé un plan d’action ambitieux s’attaquant aux problématiques du bassin versant. Le travail de compilation et d’analyse présenté dans le premier PDE est colossal et demeure un ouvrage de référence pour la gestion intégrée de l’eau du bassin versant de la rivière Saint-François. Même si plusieurs informations du document restent pertinentes, certaines données doivent être actualisées. Avec l’utilisation grandissante de la géomatique et la numérisation des données, plusieurs informations sont maintenant disponibles et viennent bonifier l’analyse du territoire. Après six années de mise en œuvre du PDE, une mise à jour et une révision des actions s’imposaient.

2 Méthodologie

Le premier PDE a été évalué par les différents ministères impliqués, autant à la direction centrale que dans les directions régionales. L’attestation de conformité du document était accompagnée de plusieurs recommandations de la part des différents analystes. Toutes les recommandations ont été considérées et plusieurs informations ont permis de bonifier le présent PDE.

À l’amorce de la rédaction du premier PDE, le COGESAF a mis sur pied un comité technique. Ce comité est composé d’experts dans les différents domaines d’intérêt pour la gestion de l’eau. Ces personnes ont été sollicitées lors de la recherche d’informations, mais surtout dans le traitement et l’analyse de celles-ci. Quelques rencontres ont permis aux membres du comité de participer à l’analyse des données de qualité de l’eau et du territoire, à l’élaboration du diagnostic ainsi qu’au choix des actions.

Depuis le redécoupage de l’ensemble du Québec méridional en zone de gestion intégrée de l’eau, le territoire du COGESAF s’est agrandi de 295 km2, portant la superficie québécoise totale de la zone à 8 995 km2. L’ajout de territoire correspond à la portion du bassin versant de la rivière Connecticut se trouvant au Québec. Le nouveau PDE couvre la totalité du territoire Québécois de la nouvelle zone de gestion intégrée Saint-François (ZGISF). Même si le bassin versant de la rivière Saint-François s’étend en sol états-unien, le PDE ne couvre pas ce territoire.

Le premier PDE comportait plusieurs actions et les ressources de l’OBV n’était pas suffisantes pour faire la promotion du PDE auprès des partenaires ainsi que d’assurer le suivi et l’évaluation des actions. Afin de ne pas perdre l’intérêt des acteurs et assurer le suivi des actions, certains territoires de CLBV ont été priorisés. Ces derniers ont été choisis en fonction des problèmes présents, de l’urgence d’agir et de la mobilisation du milieu. Ainsi, sur les 13 CLBV présentés dans le premier PDE, huit ont été priorisés. Le diagnostic, et les actions qui en découlent touchent essentiellement ces territoires.

Les résidents de la zone ont une connaissance fine du lieu et sont une source d’information importante dans la mise à jour du PDE. Afin de profiter de cette connaissance et de maintenir un lieu d’échange avec les acteurs, le COGESAF a mis sur pied le PDE dont vous êtes le héros (http://www.cogesaf.qc.ca/le-pde-dont-vous-etes-le-heros/). À travers cet outil, les personnes témoins d’un évènement ou préoccupées par la santé de leur plan d’eau peuvent émettre leur constat à l’aide d’un formulaire en ligne. L’information est acheminée vers la base de données du COGESAF et, après validation, est intégrée dans le portrait de la zone. Cet outil est toujours disponible et permet de faire la mise à jour de l’information en continu.

Ce document est donc l’intégration de la mise à jour du PDE du bassin versant de la rivière Saint-François et des informations du nouveau territoire. Il comporte trois sections : l’analyse du bassin versant, les enjeux, orientation et objectifs, et le plan d’action.

Analyse du bassin versant

L’analyse est divisée en deux sections. Présentée essentiellement sous forme de carte, la première partie met à jour les éléments de portait qui facilitent l’étude des problématiques du territoire. Afin de faciliter la lecture, les cartes ont été rassemblées dans un document complémentaire. La liste des cartes illustrant les données traitées figure au début de chaque chapitre. Ces cartes présentent les données pour l’ensemble de la zone. Lorsque possible, les acteurs du milieu sont présentés sur les cartes en lien avec les activités qui les concernent.

La deuxième section présente le diagnostic. Pour chacun des territoires de CLBV prioritaire, des cartes rassemblent l’ensemble des données ayant permis d’établir le diagnostic et d’identifier les problèmes présents. De la même façon que le portrait, les cartes essentielles à la lecture du diagnostic sont listées en début de section et se retrouvent dans le document complémentaire.

Enjeux, orientation et objectifs

En 2006, le COGESAF a fait une série de rencontres afin de consulter les acteurs du milieu sur les enjeux en gestion de l’eau du bassin versant. Les enjeux ont été conservés dans la mise à jour du PDE. Ils ont été couplés au diagnostic afin de faire la mise à jour des orientations. Ainsi, lorsqu’un problème est toujours présent sur le territoire, l’orientation de laquelle découlent les objectifs visant à le résoudre a été conservée. De la même façon, lorsqu’un nouveau problème est noté, une nouvelle orientation est créée. La même stratégie a été appliquée pour les objectifs généraux et spécifiques.

Les orientations et objectifs identiques au premier PDE ont conservé leur numérotation. Les orientations et objectifs ajoutés pour ce PDE ont été numérotés en suivant la même procédure. Chaque action a donc un identifiant unique qui permettra de continuer le suivi des actions du premier PDE.

Plan d’action

Beaucoup d’énergie a été déployée afin de mettre en œuvre les 137 actions du premier PDE. De ce nombre, 11 sont terminées, 56 sont en cours de réalisation et 70 ne sont pas commencées. Afin de suivre la mise en œuvre des actions, le COGESAF a choisi d’utiliser les ententes de bassin. Les acteurs s’investissant dans la mise en œuvre d’une action du PDE ont permis au COGESAF de signer près de 50 ententes de bassin. La mobilisation des acteurs joue un rôle important dans la mise en œuvre du PDE. Le nombre d’actions a été choisi avec la préoccupation de pouvoir accompagner les acteurs à toutes les étapes de la mise en œuvre. L’échéancier prévu pour ce plan d’action est 2018.

3 Vision

Le territoire de la zone de gestion intégrée de l’eau Saint-François couvre plus de 10 500 km2. La diversité du territoire est représentée par les nombreux acteurs qui utilisent la ressource. Afin de mobiliser les partenaires et réussir une réelle gestion intégrée de l’eau, le COGESAF a coordonné un chantier visant l’élaboration d’une vision commune. Un sondage a été envoyé à l’ensemble des partenaires et plus de 100 personnes ont répondu à l’appel. La compilation des résultats a permis au COGESAF d’identifier les mots clés et de construire une vision qui a été adoptée par le conseil d’administration.

« Le bassin versant de la rivière Saint-François, un endroit où
la qualité de l’eau et l’accès à la ressource sont au cœur des préoccupations et
où les usages cohabitent de manière durable et harmonieuse »

4 Portrait

4.1       Organisation territoriale

Carte 1 Division administrative

Du côté québécois, la zone Saint-François touche trois régions administratives, 12 MRC et plus de 100 municipalités. Une des deux communautés de la nation abénaquise du Québec, soit la communauté d’Odanak, est située dans la zone. Un territoire équivalant à 14% de la zone est situé aux États-Unis. Cette section correspond à la tête des bassins versants du lac Memphrémagog et de la rivière Massawippi. Elle touche à deux états, le Vermont et le New Hampshire.

4.2       Caractéristiques physiques du territoire

Carte 2 Physiographie et topographie

Carte 3 Dépôts de surface

Carte 4 Géologie

Le territoire comporte de nombreux sites d’extraction de sable, de gravier ou de pierre architecturale comme le démontre la carte de la Figure 1. L’Estrie compte plusieurs anciens sites miniers faisant l’objet de restauration pour diminuer leur impact sur le milieu.

Figure 1 Localisation des sites actuels et des dépôts de matériaux granulaires potentiels en Estrie (tiré de Desbiens et coll. 2012)

4.3       Réseau hydrique

Carte 5 Réseau hydrographique lacs et territoire de CLBV

Carte 6 Réseau hydrographique cours d’eau

Carte 7 Densité du réseau hydrographique

La rivière Saint-François a plusieurs tributaires d’importance, le plus grand étant la rivière Magog. Le réseau hydrique est dense et les nombreux petits cours d’eau augmentent considérablement le nombre de kilomètres linéaires de bande riveraine. Afin de travailler avec les acteurs locaux et de renforcer le sentiment d’appartenance lié au plan d’eau, le COGESAF a décidé de découper le territoire en fonction des principaux lacs et rivières et de former les comités locaux de bassin versant (CLBV). Ceux-ci correspondent la plupart du temps, aux limites des principaux sous-bassins.

4.4       Qualité de l’eau

Carte 8 Phosphore médianes 2006-2012

Carte 9 Coliformes fécaux médianes 2006-2012

Carte 10 Matières en suspension médianes 2006-2012

Carte 11 Nitrites/nitrates médianes 2006-2012

Carte 12 Qualité de l’eau lacs 2006-2012

4.4.1       Qualité de l’eau des tributaires

Comme le premier PDE tenait compte des données de qualité de l’eau jusqu’en 2005, il a été décidé d’inclure les données de 2006 à 2012 dans la nouvelle analyse. Le COGESAF a mis sur pied un projet d’envergure qui vise à regrouper l’ensemble des données d’analyses de l’eau effectuées sur le territoire. Le projet de Convergence des données de qualité de l’eau : pour une gestion intégrée de ressources et du territoire a permis de classer dans une base de données unique les résultats des campagnes d’échantillonnage de tous les partenaires du bassin versant. À l’échelle du bassin versant, les paramètres mesurés et la fréquence d’échantillonnage ne sont pas les mêmes, puisqu’elles proviennent de différents partenaires, ce qui complexifie leur analyse. Un des objectifs du projet étant de comparer les données entre elles, une méthodologie d’analyse et d’interprétation a été élaborée afin d’en assurer la réussite et diminuer le biais occasionné par les différents plans d’échantillonnage. Le projet Convergence a rassemblé près de 40 000 entrées de données, sur près de 300 stations dans la zone Saint-François.

Pour chacune des stations échantillonnées, l’ensemble des prélèvements a été considéré. À titre d’exemple, si une station a été échantillonnée par deux partenaires différents au cours de la période 2006-2012, l’ensemble des résultats pour un paramètre a été pris en compte. Pour la plupart des paramètres, on note une différence importante des concentrations mesurées en temps de pluies et en temps sec, et parfois même d’une année à l’autre. Comme il était impossible d’établir la pluviométrie pour chacun des prélèvements, le choix d’indicateur décrivant la qualité de l’eau à la station devait permettre de diminuer l’impact des extrêmes occasionnés par les données climatiques. La médiane est utilisée pour déterminer les classes de l’IQBP par le MDDELCC (MEF, 1996), le choix s’est donc arrêté sur cet indicateur pour l’analyse des données du présent projet. Ainsi, pour chacune des stations, une valeur de médiane a été calculée pour chacun des paramètres séparément.

4.4.2       Qualité de l’eau des lacs

Pour 43 des nombreux lacs de la Zone Saint-François, les résidents se sont regroupés en association et travaillent à l’amélioration de la qualité de leur plan d’eau. Dix-sept d’entre elles participent au réseau de Sentinelle des lacs du COGESAF, ce qui permet d’améliorer le réseau d’observateurs pour le signalement des cyanobactéries. Toutefois, les occurrences des cyanobactéries telles que présentées sur la carte de qualité de l’eau des lacs proviennent des bilans des cyanobactéries du MDDELCC (janvier 2014).

4.5       Description du milieu biologique

Carte 13 Milieux humides et habitats désignés

Carte 14 Poissons et espèces à statut précaire

4.5.1       Milieux humides et espèces aquatiques à statut précaires

Plusieurs initiatives ont vu le jour dans le bassin versant de la rivière Saint-François en ce qui concerne la priorisation des milieux humides. Pensons, par exemple, aux travaux des CRRNT pour l’identification des milieux naturels d’intérêt, ou encore du Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec. Toutefois, ces projets sont réalisés par régions administratives. La zone Saint-François abrite des espèces aquatiques à statuts précaires autant au niveau provincial que fédéral.

4.5.2       Écosystèmes aquatiques

Le niveau de connaissance des habitats fauniques aquatiques est très variable dans la zone Saint-François et est généralement associé à des initiatives locales ou ponctuelles, que ce soit par les associations riveraines, des groupes d’intérêts ou par des équipes gouvernementales (MFFP régional ou central). Le lac Saint-Pierre, habitat reconnu de la perchaude, abrite une population décroissante. Un moratoire sur la pêche y est d’ailleurs en cours.

La préoccupation associée à la prolifération d’espèces exotiques envahissantes est grandissante, qu’elles soient végétales ou animales. Il n’est pas facile de représenter la distribution de ces espèces, mais les tentatives pour en contrôler la progression sont de plus en plus nombreuses.

4.6       Économique

4.6.1       Activités agricoles

Carte 15 Agriculture

Carte 16 Utilisation du sol et acteurs agricoles

4.6.2       Activités forestières

Carte 17 Acteurs forestiers et aires protégées

La zone Saint-François est à 75% couverte de forêt. Les activités forestières y occupent une place importante dans l’économie de la région. Plusieurs zones de conservation sont réparties sur le territoire, les plus importantes étant les trois parcs nationaux (Mont Orford, Mont Mégantic et Frontenac). Quelques grands propriétaires privés jouent également un rôle dans la protection du couvert forestier, mais il est important de mentionner que le territoire est largement occupé par des petits propriétaires privés qui font de la microforesterie.

4.6.3       Aménagement du territoire et population

Carte 18 Affectation et bâtiments en bandes riveraines

Carte 19 Population et évolution des périmètres urbains

Carte 20 Zones inondables et barrages

Les affectations du territoire agricole et agroforestière dominent dans la zone Saint-François. Bien que certains pôles de la zone soient plus densément peuplés, le territoire est entièrement habité. Les zones d’inondations préoccupantes sont celles où l’on retrouve des résidences. Le MSP (Otis, comm. pers.) estime que seulement 14% des municipalités en Estrie ont un plan de mesure d’urgence. Toutefois, plusieurs autres ont adopté des réflexes leur permettant d’assurer la sécurité de leur citoyen. Depuis quelques années, non seulement les zones inondables sont surveillées, mais également plusieurs secteurs d’embâcles, notamment Cookshire-Eaton, Coaticook, Compton, Waterville, et Sherbrooke. Les évènements de redoux hivernaux semblent être plus fréquents.

4.6.4       Activités minières

L’exploitation minière, surtout dans la portion estrienne du bassin, a été, à une certaine époque, très florissante. Historiquement, on a exploité plus d’une vingtaine de sites d’extraction dont certains ont permis la production de plusieurs milliers de tonnes de cuivre et autres minerais associés. On y trouve en effet les premières mines de cuivre, de nickel et de tungstène du Québec. Des travaux de restauration sur certains anciens sites miniers se déroulent depuis une vingtaine d’années et se poursuivront encore pendant quelques années.

4.7       Usages de l’eau

4.7.1       Alimentation en eau de surface

Carte 21 Sources d’eau de surface alimentant un réseau municipal d’eau potable

4.7.2       Eaux souterraines, eau potable et hydrogéologie

Carte 22 Eau souterraine

L’information sur les eaux souterraines, autant au niveau de la qualité que de la quantité, n’est pas facilement accessible, ou même inexistante. Une caractérisation sommaire de la partie basse du bassin versant est en cours de réalisation. Les résultats seront disponibles en 2015. Ce projet touche la partie du bassin au Centre-du-Québec et une petite partie de l’Estrie. Un autre projet PACES a cours sur la partie amont du bassin en Chaudière-Appalaches. Les résultats seront également disponibles en 2015.

4.7.3       Épuration de l’eau

Carte 23 Épuration de l’eau

Les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux (OMAE) ont été classés, aux fins de la présente analyse, en fonction de la note de performance de la station et du nombre de débordements en temps sec (MAMROT, 2006-12). Les stations n’ayant pas atteint une note de 100% pour la performance ou ayant des débordements en temps sec ont été considérées comme ne respectant pas les normes. Les stations nommées dans la position ministérielle sur la réduction du phosphore dans les rejets d’eaux usées d’origine domestique qui n’ont pas fait les améliorations requises sont aussi considérées hors normes (MDDEP, 2009). Plusieurs municipalités ou MRC ont participé au Programme de prévention des algues bleu-vert en 2009 (PAPA). Même si plusieurs d’entre elles ont poursuivi les efforts de caractérisation et de suivi, l’information présentée ici est celle de 2009.

4.7.4       Récréotourisme

Carte 24 Récréotourisme

 

Consultez la section suivante (diagnostic général du PDE)